Principe troisième
Le territoire des États de l’Empire est inaliénable.

Ce principe trouve son fondement métaphysique dans l’insaisissabilité ontologique du territoire de l’Empire : toujours disponible au regard, il n’est jamais susceptible d’être foulé – preuve s’il en fallait de la nature singulière de l’Empire, qui transcende largement les contingences habituelles de la condition des États.
À l’instant même où il est territoire de l’Empire, l’horizon est aussi susceptible de ne pas l’être. Pour cette raison, l’Empire ne s’engage pas dans une démarche de prise de possession territoriale aux dépens des territoires temporels des États traditionnels, ni dans une conquête de suzeraineté, mais dans un principe de co-souveraineté ; il reconnaît aux États constitués la pleine propriété – fructus, usus, abusus – de leurs territoires, et veille avec fermeté et justice à prévenir les velléités expansionnistes qui conduiraient tel ou tel État à revendiquer l’horizon d’un autre. Mais les évolutions politiques qui peuvent se dérouler en chaque point de l’horizon sont insusceptibles de le faire échapper à la co-souveraineté de l’Empire. Inversement, la co-souveraineté de l’Empire n’est pas susceptible de faire échapper les horizons observés aux territoires des États traditionnels auxquels ils sont le cas échéant habituellement attachés.
Consécutivement, aucun territoire de l’Empire n’est donc aliénable, que ce soit au nom de l’Empire ou contre son nom. Et toute tentative d’aliénation exclusive qui tendrait à faire entrer sous et/ou échapper à l’empire de l’Empire une portion de l’horizon est nulle et non avenue, la co-souveraineté étant une vérité ultime, par essence consubstantielle aux principes de la pantopie.
Autre vérité remarquable, cette inaliénabilité est la marque de la réalité quantique de l'Empire : à chaque instant, tout point de la planète est à la fois partie d'un horizon et partie d'un non-horizon. Et à la fois horizon infoulable et lieu physique accessible. Autrement dit, le territoire de l'Empire est toujours en même temps non-territoire de l'Empire. L'idée même de co-souveraineté ne repose pas sur une variation de statut alternative ou un partage des pouvoirs, mais sur un simultanéité de réalités superposées. Une souveraineté quantique, en somme.

La co-souveraineté de l’Empire est, pour les mêmes raisons, compatible avec le statut de bien public mondial de la haute-mer, conformément à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer ; et compatible mêmement avec les principes énoncés par le traité sur l’Antarctique signé le 1er décembre 1959 et entré en vigueur le 23 juin 1961, dans le cas des horizons situés au sud du 60e parallèle Sud.

D’autre part, il va sans dire – mais reste utile de préciser – que l’inaliénabilité ici édictée ne concerne bien sûr que le territoire des États de l’Empire, et en aucun cas le domaine privé de la Couronne, qui n’a pas vocation à être incorporé au territoire de l’Empire.