Principe septième
La Couronne est indisponible ; l’ordre des successibles, inconnaissable.

La Couronne est indistincte du fait fondateur impérial : tant que la conscience impériale se perpétue, la Couronne est ; pour autant elle n’est pas disponible. Une distinction subtile entre le fait impérial et la personne de l’Empereur et/ou de l’Impératrice explique ce principe : le détenteur de l’autorité impériale ne peut donc ni renoncer à la Couronne, ni en faire don, ni abdiquer. Il peut moins encore être forcé à abdiquer : puisque la Couronne est indisponible, elle est aussi insaisissable ; toute action contraignante – coup d’État, incarcération, impéricide, que sais-je – tendant à forcer une transmission de la Couronne est donc nulle et non avenue.

Le principe d’indisponibilité est tout ce qu’il y a de plus attendu dans le cadre d’une monarchie absolue. Plus surprenante est la proposition consacrée à la succession. Qui dit indisponibilité de la Couronne implique, évidemment, l’impossibilité pour le fait du prince d’intervenir sur l’ordre des successibles : il ne peut revenir au détenteur de l’autorité impériale de nommer, de lui-même, celui ou celle à qui reviendra l’autorité impériale après lui. C’est donc la coutume qui en décide.
Mais quelle coutume ? Sur ce point, à l’évidence, la fondation récente de l’Empire ne permet pas d’établir un ordre successoral nominatif qui répondrait aux interrogations régulièrement posées par les chroniqueurs royaux et journalistes mondains. On notera cependant d’ores et déjà que, puisque la couronne est indisponible, le successeur ne pourra pas renoncer à la succession qui lui sera offerte. La jeunesse de l’Empire ne permet pas encore de vérifier la justesse de cette interprétation : il ne reste qu’à attendre que l’histoire soit écrite.
Il faut, donc pour bien comprendre les contours de ce principe septième, s’interroger sur les conditions dans lesquelles le premier Empereur l’est devenu afin d’extrapoler et induire pour l’avenir les règles coutumières de succession, avec pour seul indice l’inconnaissabilité établie par la Loi fondamentale de l’ordre successoral. Comme on le sait, et comme le souligne la devise de la maison régnante, c’est l’amour, ni plus, ni moins, qui a présidé à l’émergence du fait impérial. Comme on le sait également, c’est par la conscience d’être résident que naît la résidence. À l’évidence, bien que la Loi fondamentale ne l’établisse pas expressément, la Couronne ne peut échoir qu’à des résidents, car il serait bien étonnant que le détenteur de l’autorité impériale n’en ait pas la conscience. On devine donc que la succession impériale suppose l’existence de la même condition : un fait amoureux dont le rayonnement se porte clairement vers l’horizon. C’est cette définition qui justifie à l’évidence que l’ordre successoral ne puisse être connu : la Loi fondamentale évite sciemment d’écrire l’avenir par divination pour s’en remettre au divin hasard qui a créé les conditions de son existence. Si l’ordre des successibles est inconnaissable, c’est qu’il n’est autre chose qu’une vérité révélée.

Certains commentateurs ont d’ailleurs relevé que les sept principes étaient ordonnés dans un triptyque numérique remarquable : quatre (Du territoire de l’Empire et de ses résidents, principes premier, deuxième, troisième et quatrième), puis deux (De l’exercice du pouvoir, principes cinquième et sixième), puis un (De la conservation de l’Empire, principe septième) – soit 421. Jusque dans sa forme-même, la Loi fondamentale redit donc le fond qui la sous-tend et la Vérité indépassable de l’Empire.