Principe quatrième
Est résident de l’Empire un individu si et seulement s’il a la conscience, intime ou exprimée, d’être partie du tout qu’est l’Empire, ladite conscience n’étant par nature pas conditionnable par des coordonnées géographiques.

Le point essentiel de ce principe quatrième s’inscrit dans la lignée des précédents : ce n’est pas la tangibilité géographique qui crée la résidence, mais la communauté spirituelle. Puisque toute tentative de théorisation de la géographie de l’Empire est vaine, puisque tout travail de consignation encyclopédique se heurte à l’infinité des rêves possibles, puisqu’à l’instant même où il est territoire de l’Empire, l’horizon est aussi susceptible de ne pas l’être, la condition de résident n’est pas définie par une latitude et une longitude, mais par une aptitude et une attitude. Être résident suppose en effet une condition nécessaire et suffisante : être suffisamment ouvert à la nature globale et totalisante de l’Empire pour être conscient d’en être partie.

La résidence en l’Empire est tautologique et performative.

La combinaison de ces deux caractéristiques a conduit certains commentateurs à parler de résidence révélée ; si la conscience d’être résident est au moins autant susceptible d’être enseignée que d’être fortuitement acquise par mystère interposé, il est exact que l'accession à l'état conscient de résident répond à un enchaînement de causes et d'effets qui n'admet tout simplement pas d'explication scientifique.
Il faut noter qu’un décret impérial fixe les droits et devoirs qui s’attachent aux différents états de la condition de résident : simples sujets, citoyens éclairés ou aristocrates d’Empire. La Loi fondamentale ne s’embarrasse pas de ces contingences temporelles, et se limite au terme générique de résident, expression d’un degré d’attachement à l’Empire d’intensité variable.

Qu’en est-il alors des non-résidents ? Pas plus caractérisables par la géographie, ils sont, a contrario, ceux qui n’ont pas conscience de faire partie de l’Empire – ce qui n’implique pas qu’ils n’en fassent pas partie. Mais il faut noter qu’il suffit à un non-résident de franchir une étape et d’être conscient de ne pas faire partie de l’Empire, pour que cette seule pensée lui offre la conscience de l’Empire qui lui permet de devenir résident au même moment. C’est donc l’ignorance qui, vraisemblablement, trace la fragile frontière entre les uns et les autres.